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Telle la nuit d’été, qui n’a pas de rives, De branche en branche passe le feu léger.

(​Yves Bonnefoy)

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Bender - FuturamaAu jour le jour - Sully Prudhomme occultiste


Qui se serait jamais douté que M. Sully Prudhomme s'occupait de sciences occultes, tout comme M. Victorien Sardou, son collègue à l'Académie française ?

La chose a été révélée récemment par M. le colonel de Rochas dont on connait les intéressants travaux psychologiques. Au cours de la consultation qu'il eut avec mon distingué confrère Adolphe Brisson, M. de Rochas lui apprit, entre autres choses, que le délicieux poète du Vase brisé venait de soumettre, à son tour, le fameux médium Eusapia Paladina « à toute une série d'épreuves minutieuses ». Il était intéressant de savoir quelles étaient ces expériences et quel en avait été le résultat. Quoique souffrant, depuis huit jours, d'une trachéite et gardant le lit, M. Sully Prudhomme a bien voulu me recevoir hier matin, et c'est avec sa bonne grâce habituelle après quelque hésitation pourtantqu'ilm'a fourni les renseignements que j'étais si désireux d'obtenir pour les lecteurs du Figaro.

- Je ne connais pas M. de Rochas, m'a-t-il dit, et je n'ai jamais eu aucune relation avec les spirites. Seulement, autrefois, j'ai été nommé vice-président de la Société de psychologie physiologique, dont Charcot et Charles Richet étaient les présidents et qui compta parmisesmembres Ribot et Taine. Voilà toutes mes relations avec les sciences psychologiques.

« Très intrigué par des faits qui avaient été constatés par des savants comme Crookes, en Angleterre, et Ch. Richet, en France, et désireux de m'assurer par moi-même de la réalité de ces phénomènes, je mesuisassocié,l'été dernier, à plusieurs personnes en qui j'ai la plus grande confiance, et que je crois aussi prudentes que moi, pour faire venir à Paris Eusapia Paladina.

« Les expériences auxquelles nous nous sommes livrés à diverses reprises ont été entourées des garanties suivantes: 1° lespersonnes, peu nombreuses cinq ou six qui y ont assisté, pouvaient répondre les unes desautres ; c'étaient des savants et des curieux de monespèce ; nous étions tous animés de l'esprit critique le moins indulgent .2°le local où les expériences ont eu lieu est une maison appartenant à l'un de nous et occupée entièrement par lui et parsafamille.3° la chambre choisie était vide elle a été meublée, pour la circonstance et par nous, avec des chaises, un tabouret d'architecte très lourd, un petit guéridon, un fauteuil ou deux et une table autour de laquelle on pouvait se tenir cinq ou six, pas davantage. 4°Eusapiaestvenue seule; elle a été mise en relation dès son arrivée avec la maîtresse de la maison qui a pu contrôler ses vêtements.

« IIconvientmaintenant de noter les conditions susceptibles d'être critiquées. Les phénomènes dont j'ai été le témoin se sont passés dans une demi-obscurité. La salle, était éclairée par une seule lampe dont la lumière était masquée par un voile épais. C'était là une condition sine qua non. Second point onpourraitnous reprocher de ne pas avoir fermé la porte à clef. Seulement, je répondrais à cela qu'il était matériellementimpossible àquiconque depénétrersans êtreaperçu oùnousopérions.

« Eusapia s'est assise devant la table, àtrentecentimètres environ d'un rideau suspendu à une tringle, dans un cour de la salle elle lui tournait le dos. Ses mains et ses pieds sont restés en contact permanent avec les mains et les piedsdeses voisins; nous entourions la table.

« Après une attente assezlongue,lelourd tabouret d'architecte s'est avancé tout seul vers moi. Il m'a frôlé le côté gauche, s'est élevé à la hauteur de la table et est venu se poser dessus.

« Je ne veux décrire que les principaux des phénomènes que j'ai personnellement constatés, notez-le bien ; je veux me borner à raconter ce que j'ai vu, de mes yeux vu, ou éprouvé.Ayant levé la main, je l'ai sentie, priseaussitôt.

« Pourquoime prenez-vous la main ?,ai-jedemandé à mon voisin.

« Mais non, me répondit-il, ce n'est pas moi. Quelques instants plus tard je reçus dans le dos un coup sec, que tout le monde entendit. Puis ma chaise fut violemment ébranlée sous moi, comme si l'on voulait me jeter à terre. J'ai également senti, à plusieurs reprises, mes cheveux vivement tirés en arrière, puis j'ai eu la tête poussée sur la table. Sous mes yeux, une guitare s'est promenée en l'air. Une boite à musique, déposée sur un guéridon, a été violemment projetée surla table. Quelques notes se sont produites spontanément sur des instruments que nous avions apportés. Ces notes semblaient sortir péniblement.

« Je puis ajouter que, derrière moi, au-dessus de ma tête, tous mes compagnons ont vu des formes de mains un peu lumineuses. Elles sortaient du rideau qui, auparavant, avait été poussé vers nous par un souffle puissant. Pendant que se produisaient ces phénomènes, Eusapia avait l'air de souffrir. Il semblait qu'elle fournit de son propre fonds physiologique toute la force nécessaire pour faire mouvoir les objets.

« Après la séance, alors qu'Eusapia était encore très prostrée, nous vîmes enfin s'avancer vers elle un fauteuil qui se trouvait derrière le rideau, comme s'il voulait dire ‘Tiens, on m'a oublié, moi.’

« Ma conviction est que j'ai assisté à des phénomènes que je ne peux ramener à aucune loi physique ordinaire. Mon impression est que la fraude, dans tous les cas, est plus qu'invraisemblable; au moins en ce qui concerne les déplacements à distance des meubles pesants disposés par mes compagnons et moi. C'est tout ce que je puis dire. Pour moi, j'appelle naturel tout ce qui est scientifiquement constaté. De sorte que le mot mystérieux signifie simplement ce qui est encore surprenant faute de pouvoir êtreexpliqué.J'estime quel'espritscientifique consiste à constater des faits, à ne nier a priori aucun fait qui n'est pas en contradiction avec les lois acquises et à n'en accepter aucun qui n'ait étédéterminépardes conditionsvérifiablesetsûres.

« Je me borne à vous rapporter ce que j'ai vu. Je ne demande pas être cru. Toute personne qui me croirait sur parole, sans contrôler mon dire par une expérience personnelle, me paraîtrait téméraire. Au contraire, j'aurais bonne opinion du sens scientifique de celui qui, faute de pouvoir répéter la même expérience dans les mêmes conditions, ne me croirait pas.

« L'aperçu que je viens de vous donner est très loin de relater tous les phénomènes qu'ont observés mes compagnons dans cette série d'expériences, dont j'ai manqué plus d'une. Le récit complet en paraîtra prochainement. »

Et M. Sully Prudhomme nous dit pour conclure

« J'ai l'intention de ne plus m'occuper de tout cela, parce que je ne me sens pas assez exercé aux expériences scientifiques, et puis aussi … et puis parce que j'ai autre chose à faire. »

* Article publié dans le journal 'Le Figaro', le 15 janvier 1897 et écrit par Henri Petitjean


Source

gallica.bnf.fr

Spiritisme - - - CC-BY

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